Cérémonie du 14 juillet 2010 à la Résidence de France à Berne

Cérémonie du 14 juillet 2010 à la Résidence de France - Discours de l’Ambassadeur M. Alain Catta

Ce jour est un jour de fête, il permet de rassembler Français et Suisses liés par une histoire commune, par le partage de valeurs auxquelles nous sommes profondément attachés : liberté, égalité, fraternité. Je sais ce qu’il y a de banal à les rappeler, mais en cette période, particulièrement difficile, il faut en souligner l’actualité et plus encore bien nous persuader que ces valeurs sont fragiles, qu’il nous faut, en ce temps de crise, mobiliser nos énergies pour en assurer la survie.

Comme l’a souligné le Président de la République avec force il y a deux jours, notre pays a essuyé le contrecoup de trois crises en moins de trois ans : un choc financier d’une ampleur sans précédent à l’automne 2008, un arrêt de sa croissance en 2009, les effets pervers enfin d’un surendettement qu’il nous faut impérativement maîtriser. Dans un contexte aussi difficile que nos voisins connaissent également, chacun comprend que notre devise : liberté, égalité, fraternité peut cesser d’être une réalité. Personne ne conteste que l’arrêt de la croissance accentue les inégalités, mine la solidarité et menace, si nous n’y prenons garde, nos libertés.

Pourtant, le pessimisme n’est pas de mise. Nous disposons d’atouts solides, il convient d’en jouer : au sein même de l’hexagone, notre population forte de
65 millions d’habitants a le taux d’accroissement le plus élevé d’Europe : le remplacement des générations est assuré, il n’y a, comme le dit si justement l’adage, de richesses que d’hommes. Sur ce socle d’une démographie vigoureuse, peut s’épanouir une créativité qui ne laisse aucun domaine à l’écart : la France n’a pas à rougir de sa technologie, de ses grandes écoles, de ses universités, elle reste un acteur incontournable de la création artistique. Elle dispose, ce qu’elle doit à un héritage très ancien, d’un Etat qui reste le plus sûr garant de la solidarité, à condition, bien sûr, qu’il sache se moderniser.

A l’extérieur de nos frontières, nous partageons avec nos voisins une richesse à peine encore exploitée : l’Europe. C’est par elle que passe la défense de valeurs que la Révolution française a diffusées sur le vieux continent à partir de 1789 : seuls, nous n’avons aucune chance d’en assurer la pérennité. L’Europe se veut espace de liberté et de solidarité. Elle s’est dotée avec le Traité de Lisbonne d’institutions qui la rendent plus visible, plus efficace. Certes, il faudra du temps pour qu’elles atteignent leur vitesse de croisière, mais nous sommes servis par les circonstances difficiles que nous traversons.

Nous savons que la Suisse n’est pas indifférente à cet effort : d’abord parce que ses entreprises sont très actives en France comme dans le reste de l’Europe, ensuite parce qu’elle soutient vigoureusement la parité de l’Euro par rapport au franc. Bien plus, dans les grandes instances financières internationales, la Suisse est un acteur incontesté de la nouvelle gouvernance financière mondiale : depuis dix huit mois, que de progrès accomplis ensemble sur le chemin de cette convergence !

S’agissant des Français de Suisse, leur nombre, leur dynamisme viennent au premier rang des atouts de notre relation bilatérale : chaque jour, ils s’installent plus nombreux, de Zurich à Genève, chaque jour nos liens économiques mais aussi politiques entre régions frontalières se resserrent davantage. Chacun participe ainsi à l’emergence d’une culture et d’une solidarité communes. Certes, ces liens ne sont pas nouveaux, ils s’inscrivent dans une histoire presque millénaire, mais leur développement s’accélère de façon frappante : l’Espace Schengen, l’Accord de libre circulation des personnes auxquels la Suisse est partie ont donné un élan sans précédent à notre communauté d’intérêts comme à la défense d’une identité commune.

Ce propos n’est pas seulement de circonstances : il existe bien entre nos deux pays une communauté de destin. J’en veux pour preuve la tenue, en octobre prochain, du XIIIème Sommet de la Francophonie que la Suisse prépare très activement. Cet événement atteste son engagement aux côtés de la communauté francophone à défendre un héritage culturel commun, né de la Révolution française. En consentant cet effort, la Suisse prend toute sa part de la défense, partout dans le monde, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

publié le 26/10/2015

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