Congrès ScienceComm’16

Le congrès ScienceComm’16 aura lieu les 22 et 23 septembre près d’Yverdon-les-Bains. Les deux thèmes retenus pour cette édition sont : « Politique et communication scientifique » et « Communication scientifique à l’ère digitale ». L’ambassade de France soutient la venue du professeur Dominique Pestre, historien des sciences.

PNG

JPEG - 12.4 ko
Crédit : Emmanuelle_Marchadour

Dominique Pestre est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. Il travaille sur les 150 dernières années, une ère pendant laquelle les sciences et technologies sont devenues centrales dans le fonctionnement des sociétés. Dominique Pestre a été postdoctorant au CERN, directeur du centre de recherche de la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, membre de l’ERC review panel et séjourne souvent en Suisse - il a notamment donné des cours à l’EPFL. A l’occasion de ScienceComm’16, il interviendra sur le sujet : « Science, économie, société civile. Comment parler des enjeux scientifiques aujourd’hui ? ».

Dans quels types de situations s’impose la question de la communication scientifique ?
Un exemple d’actualité : l’immense majorité des spécialistes du climat disent que le climat se réchauffe et que la cause en est l’émission anthropique de gaz à effet de serre. Mais certains scientifiques non spécialistes de cette question doutent que ceci soit absolument sûr. Et la vision dominante diffère entre l’Europe et les États-Unis. En Europe une très grande partie des scientifiques et des politiciens acceptent le réchauffement comme un fait, tandis qu’aux États-Unis il existe au moins une grande minorité qui n’y croit pas. Les enjeux et les intérêts sont nombreux autour de cette question et les preuves scientifiques ne convainquent jamais tout le monde.
Autre exemple avec les néonicotinoïdes, ces insecticides controversés à cause de leur effet sur les abeilles. Beaucoup de scientifiques ont des avis sur eux, les chimistes, les ingénieurs agronomes mais aussi les entomologues. Leurs avis divergent sur la gravité des problèmes et ce qu’il convient de faire. Même si l’immense majorité des spécialistes dit qu’il y a danger, d’autres disent qu’on ne peut pas se passer de ces produits, car ils rendent de nombreux services. La question n’est donc pas simple lorsqu’il s’agit d’agir.

Les divergences d’avis ont elles leur place dans le domaine scientifique ?
Ces divergences sont des réalités, comme on vient de le voir, et la fonction du médiateur scientifique est de montrer ce qui fonde les jugements de chacun, dire les bons arguments des uns et des autres, et dire les choix qui se présentent à la société. Elle est de montrer que les choses ne sont jamais simples et d’indiquer les enjeux, ce sur quoi, et entre quoi, il faut choisir. Il faut garder la précision et la rigueur et il n’y a pas à être relativiste. Tous les arguments ne sont pas de la même qualité. Il faut toutefois essayer, le plus objectivement possible, de montrer ce que chacun valorise et ce qu’il tend à minimiser. Cela est vrai pour les scientifiques comme pour les hommes et les femmes politiques. Il est aussi toujours des conflits d’intérêts et le fait de travailler dans l’industrie ou pour une ONG, par exemple, conduit à ne pas mettre l’accent sur les mêmes problèmes. La question est donc plutôt de savoir comment bien organiser l’expertise et les agences.

Précisément, à qui s’en remettre lorsque les avis divergent ?
Il n’existera jamais de solution parfaite. Une solution est de partir de principes clairs, de règles de bon comportement. Un comité scientifique doit par exemple inclure des intérêts divers, des gens venant de l’industrie, des mondes professionnels, des universités, des représentants de la société civile. Lorsqu’un avis est rendu, il est bon que l’avis des minorités soit aussi exprimé ; il s’avère aussi souvent utile, pour des raisons de transparence, que les votes individuels soient connus. Et il est bon que les décisions puissent aussi être questionnées dans des séances publiques, ou que des minorités qualifiées de la population puissent demander l’étude ou la ré-étude d’une question.

Adaptée de l’interview réalisée par Florian Fisch pour ScienceComm, mars 2016

Plus d’informations sur le site de ScienceComm
Programme complet

publié le 26/09/2016

haut de la page