Laurent Gaudé au FIFDH

L’écrivain français Laurent Gaudé est membre du jury pour le FIFDH (Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains), qui débutait le 10 mars à Genève. Lauréat du prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta, il donnera une conférence organisée par la Société de Lecture, en partenariat avec le FIFDH, le 14 mars. Interview en préambule.

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Quelle est la teneur de votre implication dans le FIFDH ?

On m’a sollicité pour être membre du jury de la compétition « documentaires de création » pour la première année. Le fait que ce soit un Festival de films documentaires sur cette thématique des Droits de l’homme a joué sur ma participation.
Cela fait quelques temps déjà que je suis particulièrement sensible à des problématiques comme l’accueil des migrants, les questions des réfugiés et le travail des organisations qui les aident. Ces problèmes ne sont pas très éloignés des thèmes de mes romans. J’ai appris à aiguiser mon regard et à aviver cet intérêt pour le monde, dans un profond respect et avec beaucoup d’admiration pour les acteurs qui sont en première ligne.
JPEGDe plus, le 14 mars, je participe à une rencontre. Elle était initialement pensée comme une discussion autour de mon dernier roman, Écoutez nos défaites, sorti en septembre aux Editions Actes Sud. Mais je viens aussi de publier un recueil de poèmes, De Sang et de lumière, composé de poèmes écrits en Haïti, dans la Jungle de Calais, au Kurdistan irakien. Ils s’inscrivent bien dans le thème du FIFDH, évoquent un certain regard posé sur le monde ; ils expriment une certaine colère et un désir d’engagement.

Précisément, que représentent pour vous les droits humains ?

C’est une famille de droits auxquels nous sommes tous profondément attachés car sans eux il n’y a pas de vie humaine digne de ce nom. Lorsque ces droits sont bafoués, c’est une atteinte à tous les hommes, y compris ceux qui ne sont pas concernés directement. Je voudrais croire qu’il existe ainsi un socle intouchable de droits humains. L’expérience prouve malheureusement qu’ils ne le sont pas intouchables et qu’il faut sans cesse remonter au créneau. Dans les pays européens, nous imaginions volontiers que la protection des droits humains était définitivement acquise. Mais nous sommes en train de découvrir que ça n’est pas tout à fait le cas, que celle-ci peut être menacée de manière insidieuse.

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Que représente particulièrement la notion de liberté d’expression pour un auteur ?

Il ne faut pas être alarmiste mais regarder ce qui se passe chez nos voisins, en Pologne, en Turquie. Le geste artistique, l’écriture peuvent mettre leurs auteurs en péril. Beaucoup de gens que j’ai pu croiser y sont confrontés. L’écrivain égyptien Alaa El-Aswany, ou d’autres ont rencontré au cours de leur parcours la brutalité et des tentatives d’intimidation. Ces gens-là vivent à nos côtés.

L’impact d’un tel festival organisé à Genève, loin du tumulte des conflits et des atteintes aux droits humains n’est-il pas dérisoire ?

On est souvent saisi d’un certain vertige face au gouffre entre ce que l’on aimerait et l’effet que peuvent avoir nos actions. Mais ne rien faire serait pire. Se taire sous prétexte que ce serait inutile a quelque chose d’encore plus terrifiant.
Des livres, comme des reportages ou des films, peuvent changer un regard, contribuer à construire une opinion. Il faut pour cela du temps et une pluralité d’informations.
Je suis par ailleurs persuadé que les réalisateurs ont besoin que leurs films soient projetés dans un festival comme à Genève simplement parce qu’ils veulent faire entendre ces paroles qu’on leur a confiées. C’est un engagement vis-à-vis des hommes et des femmes qui ont accepté de raconter un bout de leur histoire. La faire entendre, c’est leur permettre d’aller au bout de la démarche.

Les informations en ligne sur la présence de Laurent Gaudé au FIFDH.

Mardi 14 mars, 12h00, Grande Salle, Espace Pitoëff
Inscription obligatoire : secretariat@societe-de-lecture.ch
Tarifs : membres Société de lecture + accrédité.e.s et pass festival FIFDH fr.25.-
Non-membres : fr. 40.-
Etudiants : fr. 10.-

publié le 15/03/2017

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