Fribourg, une ville de bouillonnement artistique

Monique Rey, est présidente de l’Alliance Française de Fribourg depuis 2001. Active depuis 40 ans, l’Alliance française de Fribourg recevra, le 22 octobre, l’écrivain américain Douglas Kennedy. Interview.

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Vous célébrez en novembre les 40 ans de l’Alliance française de Fribourg. Quel parcours !

Nous avons effectivement souhaité célébrer nos 40 ans en deux parties. Un premier épisode, en avril 2016, comprenait une partie administrative accompagnée d’un spectacle poétique et musical des 2 Jacques : « La voix des cordes ». Et nous prévoyons une grande fête pour le mois de novembre avec un spectacle théâtral de Musset « Histoire du Merle blanc ».
Depuis 40 ans, l’Alliance continue sur les rails sur lesquels l’avait mise le fondateur, Monsieur Claude Blancpain, dont la femme et la mère étaient françaises. Cette grande famille d’industriels mécènes a toujours voulu mettre à l’honneur la culture française. Le désir initial de Claude Blancpain n’était pas de fonder une école de langue car nous sommes en terre Suisse romande, mais bien de mettre en valeur la culture. Il est d’ailleurs également à l’origine de la Fondation Claude Blancpain pour le soutien de la culture française à Fribourg.
40 ans plus tard, l’ambition reste inchangée. Notre mission est de promouvoir la culture française et francophone. La culture française a notamment vocation à être l’amie de la culture suisse. Et nous intervenons en complémentarité avec les acteurs culturels suisses francophones. Nous sommes un acteur de plus dans le paysage culturel fribourgeois.

Quelle philosophie anime votre action comme présidente de l’Alliance française de Fribourg ?

D’abord, nous souhaitons être l’intermédiaire entre l’Université et le grand public. A l’Université sont organisées aussi des colloques, des conférences, des choses plus spécialisées et pointues. Nous, nous voulons être plus abordables, mais avec une exigence, une qualité, parce que la plupart de nos membres sont également de formation universitaire. Pour satisfaire les exigences de ce public, nous devons attirer des intervenants de qualité et de grande notoriété. Il faut se distinguer, sinon le public se contentera de la télévision.
Par ailleurs, nous souhaitons toujours qu’il y ait un lien avec un écrit, quel que soit le thème développé. Nos membres ont pour la grande majorité un goût prononcé pour la lecture. Ils aiment pouvoir approcher ces écrivains, ces orateurs extraordinaires et compléter la soirée par la lecture de l’ouvrage publié par l’intervenant ou offrir un livre de cet auteur. Et beaucoup repartent avec une dédicace, ça laisse une trace.

Vous recevez effectivement de très grands noms : Comte-Sponville et Servent récemment. Et rien moins que l’auteur américain Douglas Kennedy, le 22 octobre. Comment établissez-vous le programme et comment parvenez-vous à convaincre ces notoriétés de venir à Fribourg ?

Pour la sélection, c’est très simple. Le Comité de l’Alliance Française examine diverses propositions. Pour ma part, je propose des coups de cœur, des personnalités qui sont dans l’actualité ou non ou que j’ai rencontrées ici ou là, dans des salons, des festivals. Douglas Kennedy est un heureux concours de circonstances et beaucoup de pugnacité pour convaincre son éditeur de lui faire faire de Lausanne, un crochet par Fribourg.
Car c’est évident, nos moyens sont restreints et nous attirons moins que les grands centres comme Genève, Bâle ou Zurich. Le but est d’attirer les personnalités dans cette ville et dans cette « petite » Alliance, en montrant combien nous apprécions leur œuvre par une lettre personnalisée et en indiquant à l’aide d’un panorama-papier, les intellectuels qui ont pu déjà s’exprimer à l’Alliance Française de Fribourg mais aussi en mettant en avant le patrimoine artistique de Fribourg ainsi que son côté très authentique. Fribourg est une ville d’art et d’études qui possède de très grands atouts du point de vue culturel et architectural, des richesses au niveau des églises, édifices, écoles… Nous prenons le temps, lorsque nous recevons des intervenants, de leur faire découvrir la ville. Les conférenciers repartent avec une excellente opinion, ils sont conquis, ont souvent trouvé un climat familier et chaleureux à l’Alliance française et ils ont découvert une ville remarquable tant cette ville a gardé sa personnalité, loin des métropoles lyophilisées. Et cela se sait…

Quelle est votre vision et quelles sont vos ambitions pour l’Alliance française de Fribourg ?

Cela fait 16 ans que je suis à la tête de l’Alliance française. Quand j’ai repris l’Alliance française, elle était à un très haut niveau. Mais la concurrence culturelle est rude à Fribourg. Je ne parle pas de la concurrence de la télé mais des concerts, des théâtres. C’est une ville foisonnante d’événements culturels !
Mon ambition serait d’agrandir le cercle, d’avoir plus de membres. Nous avons 200 membres, ce qui est très honnête. Je souhaiterais avoir plus de membres des universités. Nous ne cherchons pas à nous ouvrir à tous prix aux plus jeunes. L’âge et le goût des scolaires ne leur permettent pas d’accéder à ce genre de « divertissements ». Nous savons très bien qu’à ces âges-là, nous n’avions pas cet intérêt pour les conférences, pour ces réunions de personnes d’un certain âge. En plus, certains ont des cours, ont des travaux à réaliser, ou font du sport aux heures des conférences. Quant aux Français, la difficulté c’est que ce sont des atomes assez indépendants. Difficile de les faire adhérer.
Mais nous voudrions être un peu plus connus. Beaucoup de personnes ne connaissent pas encore l’Alliance française. Et j’aimerais que, sur la place de Fribourg, elle soit reconnue en tout cas comme une Association de constante qualité offrant une alternative à d’autres grands événements qui se déroulent le même soir. Les autorités locales la considèrent déjà puisqu’elles nous apportent leur soutien. Nous recevons une subvention ordinaire du canton.

A titre personnel, vous avez une actualité très riche avec la sortie d’un prochain ouvrage… Pouvez-vous nous en parler ?

En 1973, je terminais mes études à l’Université de Grenoble quand un poste de professeur de français s’est libéré à Fribourg dans un internat international - l’école privée de la Chassotte - qui préparait le bac de français. J’ai tout découvert alors de la Suisse. Et surtout j’ai découvert Fribourg, une ville de bouillonnement artistique, une ville vraie, qui me permettait des allers-retours avec la France.
Je me suis mise à écrire assez tard. La tutelle des grands auteurs que j’enseignais ne favorise pas toujours l’expression personnelle. Mais la forme brève, l’expression poétique s’est imposée en complicité avec l’art du photographe René Bersier. Nous avons opté pour le livre d’artistes. Notre premier ouvrage, Haïku en forêt, est paru en 1999 ; il a été composé dans la cave de notre éditeur fribourgeois en typographie à l’ancienne. Les publications se sont succédées depuis à un rythme assez régulier. Le septième ouvrage, Des Silex de feu, vient d’être mis sous presse et sera présenté en novembre… à Fribourg bien entendu.

Retrouvez tous les ouvrages de Monique Rey et René Bersier aux Editions d’art Le Cassetin. Vernissage de l’exposition du nouvel ouvrage de Monique Rey et René Bersier, Des Silex de feu, à la Bibliothèque universitaire de Fribourg le 17 novembre à 18h30.

JPEGLe samedi 22 octobre, l ’Alliance française de Fribourg reçoit à 17h00, à la Bibliothèque de la ville, l’écrivain américain Douglas Kennedy. Il présentera son ouvrage « Toutes ces grandes questions… » (éditions Belfond, 2016).
Entrée pour les non-membres CHF. 10.-, Gratuit pour les étudiants.

publié le 07/11/2016

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