« Je n’avais plus lu par pur plaisir depuis longtemps »

#GoncourtSuisse - Après un bachelor en Français-Histoire, Florian Mottier suit actuellement un complément en gestion d’entreprise et un prémaster en dramaturgie, à l’Université de Fribourg. En tant que membre du jury national « La Liste Goncourt / Le choix de la Suisse », il participait le 2 novembre 2016 aux délibérations pour désigner le lauréat 2016.

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Quelle a été votre préparation en amont des délibérations du 2 novembre ?

A Fribourg, le comité de lecture est composé de 16 étudiants. Le comité était d’ailleurs dirigé par Emma Schneider, responsable du groupe de lecture. Sous la responsabilité du professeur Thomas Hunkeler, chaque personne était responsable de la lecture et de la présentation de trois ouvrages parmi la sélection des 16 ouvrages du jury Goncourt. Bien entendu, personne n’était limité et chacun était invité à lire un maximum d’ouvrage.
Après ces présentations par chaque étudiant du comité de lecture local, nous avons pu établir et commenter une liste restreinte. Nous avons ensuite confronté notre liste restreinte avec celle des groupes de lecture des autres universités.
Au final, nous avons pu établir une nouvelle liste combinant les sélections de toutes les universités.
Chaque étudiant a alors relu tous les livres présents sur cette liste commune à toutes les universités. A Fribourg, nous avons refait une discussion en interne afin de désigner sur cette liste lequel serait notre champion.
Deux étudiants, et j’ai l’honneur d’en être, sont venus défendre le choix de Fribourg lors des délibérations nationales à Berne, le 2 novembre.

Dans quel état d’esprit êtes-vous arrivé pour ces délibérations ?

Autant le dire d’emblée, l’état d’esprit était très cordial. Une bonne partie des 10 étudiants composant le jury national s’était déjà rencontré lors de la première délibération qui s’était déroulée il y a une dizaine de jours à Fribourg. Nous étions donc déjà au fait des coups de cœur et des détestations des uns et des autres.
Nous avons également très vite compris que les membres du jury qui étaient autour de la table s’exprimaient non pas en leur nom propre, mais au nom de leur comité de lecteurs. Certains ont même vaillamment défendu des romans qui auraient pu ne pas leur plaire, mais ils l’ont défendu pendant les discussions parce que c’était le choix de leur comité.

Quels ont été vos choix et critères avancés durant ces trois heures de discussions ?

Un des premiers critères était le nombre de listes sur lequel avait atterri l’ouvrage. Un ouvrage qui apparaissait sur seulement une ou 2 listes d’universités partait moins favorisé. Un trio de tête s’est très rapidement détaché. Puis après quelques discussions, nous avons compris que ça se jouerait très serré entre deux romans. Le problème c’est qu’il y avait pour ces deux romans de très fervents défenseurs, mais aussi des détracteurs qui considéraient que l’autre ne pouvait pas gagner. Il était clair, en conséquence, que quel que soit le choix, il ferait des déçus.
Après, nous avons essayé d’affiner au maximum des critères pour notre choix : esthétique, linguistique, culturel. Sont aussi entrés dans la balance le contexte, le parcours de l’auteur, le sujet… Dans une moindre mesure est aussi entrée en compte la question de savoir quel type de message pouvait envoyer la sélection de tel ou tel livre.
Nous avons travaillé dur depuis plusieurs semaines pour tenter d’attribuer le prix au roman qui nous semblait le meilleur. Mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’au départ, aucun consensus ne s’était dégagé.
Nous avons finalement fini par voter pour départager les deux favoris. La méthode de vote était particulière. Nous avons d’abord comptabilisé combien de personnes étaient absolument pour le roman. Puis, combien étaient absolument contre. Le roman qui a reçu le plus de personnes pour et le moins d’oppositions extrêmes est notre gagnant.

Êtes-vous satisfait de l’issue de votre délibération ?

Pour nous, l’idée était d’éviter une décision qui soit purement mathématique. On aurait pu faire très rapidement, avec un questionnaire en ligne, quelques statistiques qui auraient permis de désigner celui qui numériquement aurait été le gagnant. Ou on aurait pu voter dès le début des délibérations. Mais ça n’était pas du tout l’esprit.
Nous voulions favoriser un esprit de discussion, nous imposer de commenter et d’examiner tous les livres, y compris les non favoris. Et d’expliquer comment ils étaient arrivés dans une liste. Durant les délibérations, certains livres sont remontés parce qu’au détour d’une discussion leur intérêt émergeait. A l’inverse, on a vu poindre des livres qui pouvaient faire consensus, mais qui ne faisaient pas forcément un gagnant.
Nous avons notamment employé les trois heures pour faire un tour de table des différentes listes communes pour défendre les titres.
Évidemment, quand on avait le nom du lauréat, la tension est retombée. Nous nous sommes tous quittés bons amis.

Quel est l’impact de cette aventure pour vous ?

En sortant de l’ambassade, je discutais avec deux jurys d’une autre université. Ils m’ont dit que leur groupe avait tellement apprécié la démarche que leur comité allait devenir un groupe de lecture à part entière.
A titre plus personnel, je n’avais plus lu par pur plaisir depuis longtemps. A l’université, on peut être très vite pris par des lectures obligatoires. On n’a plus forcément l’énergie de consacrer notre temps libre à de la lecture de loisir. Finalement, cet événement nous donne une occasion de lire pour le plaisir, c’est un prétexte pour se remettre à lire. En ayant pour seule contrainte de devoir motiver l’amour ou le désamour qu’on a pour un ouvrage.

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publié le 10/11/2016

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