Monsieur Tiberto Ruy BRANDOLINI D’ADDA : Remise des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur

Remise des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur
à M. Tiberto Ruy Brandolini d’Adda

Discours de M. l’Ambassadeur

Genève, Jeudi 23 septembre 2010

Monsieur le Comte,

En me priant de vous remettre, comme je le ferai dans quelques instants, les insignes d’Officier de la Légion d’Honneur au nom du Président de la République, vous me faîtes un honneur auquel je ne suis pas insensible, tout au contraire.

Retracer, l’espace de cette cérémonie, votre carrière, tenter d’esquisser à travers elle les traits d’une personnalité que chacun de vos invités ici ce soir connaît à l’évidence mieux que moi, est un défi. Je tenterai de le relever sans dommage.

Vous êtes né à Lausanne, et ce simple fait, ajouté aux multiples liens qui vous rattachent à la Suisse, justifie que vous ayez choisi Genève plutôt que Paris ou Rome comme lieu de la cérémonie de ce soir.

Il est une autre cité que je n’ai garde d’oublier, c’est Venise. Comment ne pas évoquer vos racines familiales ancrées depuis le XIIIème siècle dans la Cité des Doges ? Comment ne pas rappeler que votre lointain aïeul Tiberto et de nombreux autres Brandolini d’Adda se sont distingués au service de la Sérénissime ?

Vous appartenez sans conteste, Monsieur le Comte, à une famille qui, dès la Renaissance, a participé avec éclat à ce grand mouvement du renouveau culturel, commercial et politique auquel l’Europe doit sa modernité.

C’est donc tout naturellement à Venise que vous avez passé votre enfance, avant de gagner l’Université de Parme ou vous avez obtenu une licence en droit. Dès le début des années 70, vous acceptez de suivre une voie difficile : celle qui vous conduira aux plus hautes responsabilités économiques et financières. Très tôt, vos pairs vous reconnaissent comme l’un des leurs. Ce défi, vous ne devez qu’à vous de l’avoir relevé avec succès. Qu’il me soit permis de retenir quelque unes des étapes de ce parcours.

En 1972, vous commencez à travailler à Turin pour Fiat, alors présidé par votre oncle Gianni Agnelli, figure emblématique de l’industrie italienne, personnalité dont le rayonnement ne s’est pas limité, tant s’en faut, à la direction de cette prestigieuse entreprise.

Votre vocation pour la sphère financière s’affirme peu après. En 1974, vous appartenez à la Banque Lazard et faites connaissance à Londres de Sir Ronald Grierson, à l’occasion de stages auprès de la Banque Warburg, rencontre fructueuse puisque Sir Ronald vous a choisi comme assistant lorsqu’il fut nommé directeur de la politique industrielle à Bruxelles.

La Grande-Bretagne est alors tout nouveau membre de la Communauté Economique Européenne. Vous saisissez sans hésitation la chance que vous offre Sir Ronald de vous initier au fonctionnement et aux rouages de la Commission.

Cette expérience de la bureaucratie européenne, pour aussi profitable qu’elle ait été, ne vous a pas détourné de votre vocation professionnelle, orientée vers le monde des affaires. En 1976, à Paris, vous rejoignez la société d’investissement et de participation IFINT, propriété du groupe Agnelli, dont la direction vous est confiée. S’amorce alors une période d’activité particulièrement intense d’investissement de cette société.

C’est sous votre mandat que IFINT acquiert SAFIC ALCAN, importante société française de courtage de matières premières dont vous devenez le vice-président et que vous investissez aux côtés de Vincent Bolloré dans la société ALBATROS. Vous donnez un élan supplémentaire à IFINT en permettant son entrée au capital d’EXOR, alors contrôlée par la famille Metzelopoulos. Votre rôle éminent au sein du groupe EXOR, dont vous êtes devenu en 1993 administrateur délégué puis dix ans plus tard, en 2003, vice-président délégué, vous a placé au premier rang des grands entrepreneurs de cette décennie.

Les économistes savent la place qu’EXOR s’est acquise au cours de ces années dans le monde économique et financier : sous votre impulsion, EXOR contrôle le capital de Perrier, y compris les eaux de Contrexéville, Volvic et Vichy. Vous participez au capital de San Pellegrino ainsi qu’à celui de diverses sociétés d’eaux minérales italiennes, belges et canadiennes. Bien sûr, cette évolution brillante n’a pas été réalisée sans peine, ou sans combats âpres parfois. Certains de vos concurrents – vous me permettrez de ne pas les citer, surtout dans une ville suisse – appréhendaient le succès de vos entreprises.

Le début des années 2000 marque une étape importante du développement d’EXOR dont vous assurez le recentrage : vos participations au Club Méditerranée sont reprises par Accor, vos parts dans la Société Foncière Lyonnaise passent à un groupe espagnol tandis que Château Margaux est cédé à Corinne Mentzelopoulos.

Vous acceptez de prendre la tête de la holding financière Worms et Cie que le groupe Agnelli contrôlait déjà. Worms, devenu Sequana Capital, dont vous assurez la présidence du Conseil de surveillance à partir de 2004, entreprend à cette époque de recentrer son activité sur le métier du papier à travers ses deux filiales, ARJOWIGGINS, leader mondial de la fabrication du papier de luxe et ANTALIS, leader européen de la distribution de papier. Cette évolution vous a conduit à multiplier des actions de mécénat dont le grand public n’ignore ni l’importance, ni la portée.

ARJOWIGGINS, en effet, sous votre impulson et avec l’assistance de M. Loyrette, Directeur Général du Musée du Louvre, devient partenaire du plus prestigieux de nos musées.

C’est à vous que l’on doit, en 2006, le don au Musée du Louvre, du superbe dessin de Jean-Auguste Dominique Ingres "Portrait de Charles Marcotte d’Argenteuil". Renaud Donnedieu de Vabres, alors Ministre de la culture, a remercié Sequana Capital, que vous présidez, et sa filiale ARJOWIGGINS, pour cette action exemplaire de mécénat en faveur du patrimoine de la France.

Demeurée dans sa présentation d’origine, cette œuvre d’une qualité exceptionnelle, reconnue comme "trésor national" par la commission consultative des trésors nationaux, présente la quintessence de l’art d’Ingres dans le domaine des portraits dessinés.

Grâce à cette acquisition, vous avez permis à un très large public d’accéder à une œuvre qui appartient au patrimoine de l’humanité. Depuis fort longtemps il est vrai, ARJOWIGGINS est un partenaire incontournable du monde de l’art et de l’édition, puisque c’est à ce papetier, que dès 1850, Ingres demanda de confectionner un papier spécial appelé depuis lors "papier Ingres".

Dois-je ajouter que l’on vous doit aussi d’avoir financé l’édition du catalogue de l’exposition "Ingres, Ombres permanentes" du Musée de la vie romantique à Paris, dont le succès fin 2008 est encore dans toutes les mémoires ?

La politique de mécénat d’ARJOWIGGINS ne se limite pas à l’aide d’achat d’œuvres mais concerne également l’édition de catalogues d’expositions temporaires du Musée du Louvre ("La France romane", "Girodet", "Trésors antiques"…). Cette action n’a cessé de s’épanouir depuis qu’ARJOWIGGINS a rejoint le Cercle Louvre Entreprises en tant que Membre fondateur. ARJOWIGGINS a également participé, en partenariat avec le Centre des Monuments Nationaux, à l’avènement d’une collection intitulée "Sensitinéraire", destinée aux malvoyants comprenant textes et plans d’orientation en braille.

Votre passion pour l’art, il serait injuste de ne pas le reconnaître, vous la partagez avec votre épouse, dont l’enfance, très tôt, fut également marquée par la présence d’artistes aussi divers que Jean Cocteau, Salvador Dali, Rudolf Noureev, Herbert von Karajan, entre autres nombreux exemples.

Cette proximité avec les courants de la création contemporaine prolonge avec bonheur la familiarité que vos deux familles entretiennent avec des artistes qui, du XIIIème au XXIème siècles, ont marqué leur temps de leur génie. Elle atteste l’étendue de votre engagement commun au service de l’art. Loin d’en conserver pour vous l’usage et la jouissance, vous avez permis au plus grand nombre d’y accéder.

Votre promotion, Monsieur le Comte, dans l’Ordre de la Légion d’Honneur n’a donc rien qui surprenne et je me félicite d’avoir pu ce soir y prendre part.

Tiberto Ruy Brandolini d’Adda, au nom du Président de la République, nous vous faisons Officier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

publié le 26/04/2011

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