Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite à Mme Danielle Decrouez

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Discours de M. l’Ambassadeur
Berne jeudi 1er décembre 2011

Mesdames et messieurs les Conseillers,
Mesdames et Messieurs les Directeurs,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs,

Madame la Directrice, Chère Madame Decrouez,

Je suis très heureux de vous recevoir ce soir à Berne, en présence de vos collègues et amis, pour vous remettre une distinction qui vient rendre hommage à votre parcours de chercheur, de responsable d’un grand musée mais aussi à votre contribution à la coopération culturelle franco-suisse.

Vous avez en effet poursuivi une carrière académique reconnue dans le domaine de la géologie alpine en Suisse comme en France, tout en vous investissant avec grand succès dans la communication scientifique et la diffusion auprès du grand public de vos recherches en paléontologie.

Originaire du nord de la France, vous effectuez des études en chimie, biologie et géologie à l’Université de Lille I puis à Paris, où vous obtenez un DEA. Vous partez ensuite préparer un doctorat de paléontologie à Genève qui, depuis 1972, constitue votre port d’attache et où s’est déroulé l’ensemble de votre carrière. Pour la société savante réunie ici ce soir en votre honneur, je précise que le sujet de votre thèse s’intitulait : Etude stratigraphique et micropaléontologique du Crétacé d’Argolide.

En 1975, vous devenez Maître assistante au laboratoire de paléontologie de l’Université de Genève, puis, dès 1978, chercheur au Muséum d’Histoire Naturelle de cette même ville, établissement auquel vous êtes restée fidèle jusqu’à aujourd’hui. Vos qualités scientifiques, pédagogiques et de management vous conduisent à réaliser une carrière exemplaire au sein de cette institution en occupant des postes à responsabilité croissante au long des trente dernières années. Vous êtes en effet successivement chargée de recherche en 1981, conservateur en 1983, conservateur en chef des Sciences de la Terre en 1990 et, légitime consécration, Directrice du Muséum en 2006. Vous avez d’ailleurs été la première femme à exercer de telles fonctions en Suisse. Vous êtes appréciée au point que la Ville de Genève peine apparemment à vous trouver un successeur et vous a demandé de prolonger votre mission.

Vos éminentes qualités se sont exprimées à travers la diversité des projets de recherche que vous avez dirigés, diversité et richesse attestées par la rédaction de nombreuses publications et de nombreux ouvrages. Je me limite à mentionner les thèmes principaux de vos travaux scientifiques qui portent d’une part sur la stratigraphie et la micropaléontologie et d’autre part sur les marbres blancs. Vos compétences de stratigraphe vous ont valu de devenir experte pour l’élaboration des règles de la chronostratigraphie, sur les formations des Alpes Suisses et membre en 2011 de la commission d’harmonisation des cartes géologiques suisses. Je voudrais mentionner aussi ici que vous avez co-publié en 1997 un ouvrage de référence sur la Géologie de la Suisse. L’intérêt de vos travaux sur les marbres blancs dépasse largement la sphère des sciences de la terre, venant au secours de l’archéologie en fournissant une méthode d’identification de la provenance des marbres des sculptures de nombreux musées européens. Vos connaissances sur les marbres sont d’une grande érudition et vous êtes intarissable – peut-être nous en direz-vous plus tout à l’heure - sur ceux que vous avez choisis pour la rénovation de la façade du Muséum que vous dirigez.

Forte de cette expertise et de votre goût pour la transmission des connaissances au-delà du cercle étroit des spécialistes, vous avez voulu faire œuvre de vulgarisation scientifique au sens noble du terme, dans le cadre de vos fonctions au Muséum d’Histoire Naturelle de Genève. Les séries d’expositions temporaires régulièrement organisées sous votre direction stimulent d’ailleurs la fréquentation de ce lieu, avec plus de 200 000 visiteurs par an. Je ne résiste pas au plaisir de citer les titres de quelques-unes de ces expositions à la fois pour la dose de mystère et de poésie qu’ils renferment et parce qu’ils suggèrent à merveille la richesse et l’inventivité de votre travail : « Une nouvelle conception de la géologie de la Suisse », « Géologie du pays de Genève », « Origine de l’Univers et de la vie », « Minoens et mycéniens », « Science et Saveur », « Alice au pays du karst merveilleux », « Bats (chauves-souris), un monde à l’envers ». Cet investissement dans la formation et la vulgarisation se traduit également dans l’organisation d’excursions géologiques, notamment sur le site de la découverte de traces de dinosaures à Emosson, ou sur les pas de Rodolphe Töpffer autour du Mont-Blanc – activités destinées aux enseignants ou aux sociétés savantes.

Madame la Directrice,

Je voudrais dans un second temps souligner la force et la qualité de la relation que vous avez maintenue avec la France tout au long de votre carrière. En effet, vos projets de recherche sont très régulièrement réalisés avec des collègues français des régions alpines et du Jura. Vous êtes également membre d’un nombre très important de commissions scientifiques liées au développement durable dans la région Rhône-Alpes. Citons le Projet Alposcope, la Maison du Salève, la Commission régionale du patrimoine géologique, les réserves naturelles de Haute Savoie, le Géoparc du Chablais ou Pro Mont-Blanc.

Dans le domaine de la vulgarisation, vous avez élaboré des livrets didactiques, notamment sur la lecture des paysages (ceux de Chamonix, Annecy, et Faucigny) dans le cadre d’un projet européen transfrontalier INTERREG. Votre excellente connaissance de la langue allemande vous a également permis d’adapter et de traduire en français plusieurs ouvrages publiés en Suisse alémanique avec un succès reconnu en Suisse romande comme en France.

La France a également été en bonne place dans les expositions que vous avez organisées à Genève ou en Haute-Savoie. Ces rencontres muséales ont contribué à renforcer les liens entre nos deux pays et l’identité de l’arc lémanique. Je citerai « Espace Gaz » en partenariat avec Gaz de France, « Cerin, une lagune tropicale au temps des dinosaures », « Le Salève une montagne insolite », « Les catastrophes naturelles et aériennes du massif du Mont-Blanc » ou encore « l’éboulement de Fort-l’Ecluse ». Je souhaiterais enfin mentionner tout spécialement deux expositions, parce qu’elles encadrent et éclairent votre parcours : celle que vous avez consacrée en France, au début de votre carrière à « Horace Bénédict de Saussure, géologue au Mont-Blanc » et celle à laquelle vous participerez dans le cadre du projet « Rousseau pour tous » en 2012,au Musée d’Histoire des Sciences de Genève, intitulée « Rousseau et les savants genevois ».

Au moment de conclure, je voudrais saluer votre parcours de paléontologue reconnue et votre riche carrière professionnelle à Genève. Votre engagement aussi bien scientifique que public pour une meilleure compréhension des sciences naturelles dans la région de l’arc lémanique, l’exemple que vous donnez en tant que directrice d’un des musées d’histoire naturelle les plus importants de Suisse et la qualité des collaborations que vous avez su nouer avec la communauté scientifique française constituent autant de mérites éminents qui vous valent d’être distinguée aujourd’hui.

Danielle Decrouez, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

publié le 29/12/2011

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