« Un monde où l’on cherche et dans lequel on peut aussi se tromper »

Président, depuis 2009, du conseil d’administration de Losinger Marazzi AG, entreprise leader en Suisse dans le domaine du développement immobilier, Jacky Gillmann est entré dans le groupe Bouygues en 1985. Arrivé en Suisse en 1997 en tant que Directeur général, il a réorganisé et développé avec succès la société Losinger devenue, en 2011, le groupe Losinger Marazzi après la fusion avec l’entreprise Marazzi rachetée en 2006. L’entreprise emploie 800 collaborateurs dont plus de 400 ingénieurs et architectes. Jacky Gillmann sera présent le 26 janvier dans le cadre de la Nuit des idées à Berne.

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Que recouvre selon vous la notion de développement durable ?

Je me réfère volontiers à la définition proposée par les Nations-Unies : le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Bien entendu, cette définition se décline en différentes dimensions.
Tout d’abord, il y a une dimension économique. Assurer une croissance économique permet de développer de la richesse pour tous, à travers des modes de production et de consommation durables.
Cet objectif repose sur l’utilisation raisonnée des ressources naturelles, sur la gouvernance des entreprises et sur l’éthique des affaires. Dans la notion d’éthique des affaires, je parle ici de transparence, d’équité, de respect des règles, de lutte contre la corruption.
Ensuite, il y a la dimension environnementale. Il s’agit de se développer à condition de préserver, d’améliorer et de valoriser l’environnement et les ressources naturelles. Pour y parvenir, nous devons réduire les impacts mais aussi gérer et recycler les déchets.
Enfin, il y a une dimension sociale et sociétale dans le développement durable. Elle englobe l’équité sociale et le respect des droits fondamentaux, comme la lutte contre la discrimination, le respect de la main d’œuvre et la participation à la vie économique et sociale.

Vous êtes particulièrement sensible au sujet…

L’entreprise Losinger Marazzia un engagement fort de longue date sur tous les aspects de développement durable. Quand nous écrivons « Bâtir une vie meilleure », c’est véritablement un projet d’entreprise. Dans ce cadre, nous avons conçu et réalisé le premier écoquartier en Suisse, c’est le projet Eikenott, ainsi que les trois premiers quartiers certifiés « société à 2000W ». Nous voulons clairement contribuer à la régénération urbaine et au développement des SMART Cities, les villes intelligentes connectées. A ce titre, l’entreprise est pionnière dans la prise en compte des évolutions du numérique.
Nous devons avoir à l’esprit que notre secteur – la construction et l’immobilier en général – génère 40 % des rejets de CO2, consomme 40 % des énergies produites et 40 % des ressources naturelles et produit 40 % des déchets. Comment pourrions-nous ne pas nous sentir concernés par le développement durable ?
De notre côté, il y a une volonté forte d’être un acteur de progrès dans le domaine. Loin d’être une contrainte, le développement durable est une formidable opportunité d’innovation. Notre implication sur ce sujet est également un facteur de différenciation par rapport aux autres acteurs de la construction.

Pourquoi vous intéressez-vous à l’émergence de nouveaux modèles d’entreprise ?

En tant qu’acteur du futur, nous menons des projets à long terme. Nous devons intégrer tous les enjeux du monde actuel : la raréfaction des ressources naturelles, le problème des énergies fossiles, l’urbanisation croissante avec des problèmes de densification, le vieillissement de la population, le numérique et le monde digital… Nous devons également prendre en compte les évolutions de la société en général et en particulier les attentes des jeunes générations.
Aujourd’hui, nos modèles deviennent plus ouverts, plus participatifs : nous devons sortir de nos « silos » pour davantage nous ouvrir aux autres et travailler en équipe. Avec le support du numérique, nos modes de travail seront plus collaboratifs, par opposition à un travail itératif et séquentiel. Pour continuer à être force de propositions dans ce monde plus volatil, où tout va très vite, nos entreprises classiques traditionnelles s’ouvrent également au monde des start ups, qui se caractérisent par une grande curiosité, une grande réactivité et un esprit d’innovation sans pareil : c’est-à-dire aussi un monde où l’on cherche et dans lequel on peut aussi se tromper.
Nous allons régulièrement à la rencontre de ces start ups, dans des incubateurs par exemple, pour prendre connaissance de leurs recherche ou encore pour formuler avec elles des pistes de travail : avec toutes les données générées par l’utilisation numérique, le big data, les possibilités sont illimitées. Il s’agit donc surtout de s’assurer de la pertinence des travaux.
Nous avons ainsi développé avec une start up, chez Losinger Marazzi, une application sur l’optimisation de la consommation énergétique du logement, mais aussi sur le partage des déplacements, sur le partage d’outils, etc. Nous travaillons également sur des sujets de mobilité à l’échelle d’un quartier, de logistique, de stationnement, d’utilisation et de partage des espaces, etc.
Et quand on parle de nouveaux modèles économiques, nous devons également intégrer les notions d’économie du partage, tout comme la notion d’usage : est-ce que les générations du futur voudront encore « posséder » ?

Derrière cela, n’y aurait-il pas une idée nouvelle du vivre-ensemble ?

L’homme a besoin d’une sphère privée, mais aussi d’une vie sociale. Nous devons, dans nos projets, assurer une qualité de vie aux utilisateurs de nos projets. Au moment où l’on parle d’urbanisation forte, je crois beaucoup à la notion de quartier : il faut que nous concevions des environnements où il fait bon vivre, travailler, sortir, se divertir, se rencontrer.
Aussi favorisons-nous, dans nos développements, la mixité sociale, la mixité d’usage, la mixité générationnelle et mettons aussi à disposition des outils numériques, qui créent du lien social.

publié le 02/02/2017

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